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Rabelais l'humaniste
Francois Rabelais

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Rabelais l'humaniste


Rabelais l'humaniste

 

rançois Rabelais est considéré comme l'un des premiers humanistes : pour cette raison, je crois important de vous présenter non seulement ce grand écrivain, mais également ce qu'il amena à la littérature de son époque. Cette section prouvera donc cette tendance humaniste chez Rabelais en analysant la célèbre lettre, considérée par plusieurs comme la définition parfaite de l'humaniste, qu'envoya Gargantua à son fils Pantagruel lorsque celui-ci étudiait loin de la maison.

Avant de se lancer dans de plus amples détails, il est important de bien comprendre ce qu'est l'humanisme ainsi que ses principales caractéristiques. L'humanisme est un courant en vogue à la Renaissance : ses premiers partisans furent les linguistes qui tentaient de défendre la langue française. Les humanismes tentent tout d'abord de redonner à l'homme sa place qui lui revient, c'est-à-dire au milieu de tous les projets. Ils dénoncent donc le clergé trop autoritaire de l'époque qui tente par tous les moyens de placer Dieu au centre de l'univers. Pour eux, l'humain doit aspirer à l'idéal de la sagesse par sa raison et la connaissance : ils prônent également la philosophie du Carpe Diem (vivre le jour présent, traduction littérale : saisir le jour) et des vertus épicuriennes. Ces dernières vertus s'opposent radicalement à la vision religieuse de l'époque qui est en désaccord avec la recherche de tout plaisir charnel. Les humanistes se basent également sur les Anciens de l'Antiquité dans leurs oeuvres.

Bref, nous tenterons donc de retrouver dans la lettre qui suit certaines caractéristiques humanistes prouvant sans l'ombre d'un doute le penchant qu'avait Rabelais pour ce courant. Plus précisément, nous chercherons dans cette lettre les caractéristiques suivantes :
  • Éloge du savoir
  • Glorification du temps présent (Carpe Diem)
  • Quête d'une nouvelle sagesse
  • Amour de la vie
  • Sens de la dignité de l'homme
 
Lettre de Gargantua à son fils Pantagruel

J'entends et je veux que tu apprennes parfaitement les langues: premièrement le grec, comme le vieux Quintilien; deuxièmement le latin; puis l'hébreu pour les saintes Lettres, le chaldéen et l'arabe pour la même raison; et que tu formes ton style sur celui de Platon pour le grec, sur celui de Cicéron pour le latin. Qu'il n'y ait pas d'étude scientifique que tu ne gardes en ta mémoire et pour cela tu t'aideras de l'universelle encyclopédie des auteurs qui s'en sont occupés.

Des arts libéraux: géométrie, arithmétique et musique, je t'en ai donné le goût quand tu étais encore jeune, à cinq ou six ans; achève le cycle; en astronomie, apprends toutes les règles, mais laisse-moi l'astrologie et l'art de Lulle, comme autant de supercheries et de futilités.

Du droit civil, je veux que tu saches par coeur les beaux textes, et que tu me les mettes en parallèle avec la philosophie.

Et quant à la connaissance de l'histoire naturelle, je veux que tu t'y adonnes avec zèle: qu'il n'y ait mer, rivière, ni source dont tu ignores les poissons; tous les oiseaux du ciel, tous les arbres, arbustes, et les buissons des forêts, toutes les herbes de la terre, tous les métaux cachés au ventre des abîmes, les pierreries de tous les pays de l'Orient et du Midi, que rien ne te soit inconnu.

Puis relis soigneusement les livres des médecins grecs, arabes et latins, sans mépriser les Talmudistes et les Cabalistes et, par de fréquentes dissections, acquiers une connaissance parfaite de cet autre monde qu'est l'homme. Et pendant quelques heures, va voir les saintes Lettres: d'abord, en grec, le Nouveau Testament et les Épîtres des apôtres puis, en hébreu, l'Ancien Testament.

En somme, que je voie en toi une abîme de science car, maintenant que tu deviens homme et te fais grand, il te faudra quitter la tranquillité et le repos de l'étude pour apprendre la chevalerie et les armes afin de défendre ma maison, et de secourir nos amis dans toutes leurs difficultés causées par les assauts des malfaiteurs.

Et je veux que, bientôt, tu mettes à l'épreuve tes progrès; cela, tu ne pourras pas mieux le faire qu'en soutenant de discussions publiques, sur tous les sujets, envers et contre tous, et qu'en fréquentant les gens lettrés qui sont tant à Paris qu'ailleurs.

Mais - parce que, selon le sage Salomon, Sagesse n'entre pas en âme malveillante et que science sans conscience n'est que ruine de l'âme - tu dois servir, aimer et craindre Dieu, et mettre en Lui toutes tes pensés et tout ton espoir; et par une foi nourrie de charité, tu dois être uni à Lui, en sorte que tu n'en sois jamais séparé par le péché. Méfie-toi des abus du monde; ne prends pas à coeur les futilités, car cette vie est transitoire, mais la parole de Dieu demeure éternellement. Sois serviable pour tous tes proches, et aime-les comme toi-même. Révère tes précepteurs, fuis la compagnie des gens à qui tu ne veux pas ressembler, et ne reçois pas en vain les grâces que Dieu t'a données. Et, quand tu t'apercevras que tu as acquis au loin tout le savoir humain, reviens vers moi, afin que je te voie et que je te donne ma bénédiction avant de mourir.

Mon fils, que la paix et la grâce de Notre-Seigneur soient avec toi. Amen.
 
D'utopie, ce dix-septième jour du mois de mars,
 
Ton père, Gargantua